| L’île de pâques, un exemple écologique ? |
| Écrit par Claire | |||||||||
| 23-04-2008 | |||||||||
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En terme d’environnement, l’île de Pâques est souvent « montrée du doigt » : elle est l’exemple même d’une civilisation qui aurait provoqué sa propre perte en exploitant toutes les ressources naturelles existantes sur l’île. Nous avons voulu en savoir plus sur ce cas d’école écologique en nous rendant une semaine sur cette île. Qu’elle n’a pas été notre surprise de constater que l’Histoire de l’île de Pâques est bien plus complexe que ce que nous avons bien voulu croire et que les pascuans ont, depuis toujours, un rapport très étroit à leur Terre. Cliquez ici pour lire la suite et découvrir pourquoi cette histoire est fausse
Cette campagne de publicité reprend, mais uniquement de façon partielle
et donc erronée, la théorie de l’américain Jared Diamond dans son livre
Effondrement selon lequel les pascuans utilisèrent des rails de bois
pour déplacer leurs statues mais aussi que le bois servait également au
chauffage et à l’alimentation des pascuans, que certaines forêts
étaient déracinées pour l’agriculture, que le climat rude et venteux de
l’île n’était pas propice à la repousse d’arbres et que les guerres
fratricides ont également participé à la déforestation. Ainsi l’auteur
américain nuance, certes de façon assez limitée, sa théorie ce que n’a
pas fait la publicité.
Une majorité d’historiens et de
scientifiques dénoncent les propos de l’auteur américain : il y a
certes eu une déforestation de l’île mais elle n’est pas liée à la
construction et au déplacement des Moais.Pour en savoir plus sur cette hypothèse, nous nous sommes rendus au musée de l’Ile de Pâques, nous avons consulté le courrier que le maire de l’île de Pâques a envoyé à EDF suite à cette campagne publicitaire et nous avons rencontré Lili (cf portrait Cœur Vert de Liliane Fréchet), française installée sur l’île depuis plus de 25 ans, passionnée par l’Histoire de cet endroit et mariée à l’un des tout derniers pascuan non métissés. Nous avons alors découvert que cette publicité était fondée sur beaucoup d’erreurs, qu’elle avait fait beaucoup de tort à l’île de Pâques et qu’elle a « blessé » beaucoup de pascuans. Ainsi elle explique la déforestation de l’île par l’utilisation de troncs d’arbres pour le déplacement des Moais. Si la façon dont ces statues ont été déplacées est longtemps demeurée un mystère, aujourd’hui les recherches d’archéologues et d’historiens ont prouvé que les statues n’ont pas été déplacées sur le dos allongées sur des troncs d’arbres (à part peut être les premières d’entre elles). Ces statues étaient déplacées à la verticale, grâce à des cordes attachées d’un côté et de l’autre de la statue, exactement comme l’on bougerait seul un frigidaire ou une lourde armoire en déplaçant un côté puis l’autre. Lili est catégorique : la déforestation de l’île n’a rien à voir avec la sculpture des moais.
La surpopulation de l’île, raison souvent avancée, n’est
pas non plus à l’origine de la déforestation de l’île. A l’époque de la
construction des moais (entre le 11e et le 16e siècle), il y avait 15
000 habitants sur une île de 173 km2 de superficie. Soit à peu près les
mêmes proportions que l’île de Tahiti qui compte 160 000 habitants pour
1043 km2 de superficie On ne peut donc pas parler de surpopulation (à
moins de considérer Tahiti comme une île surpeuplée). Parmi les causes de la déforestation de l’île, l’agriculture a joué un rôle clé mais comme dans tout pays ou presque, rappelez-vous la couverture en forêt de la France au Moyen Age par rapport à celle d’aujourd’hui… On a ainsi retrouvé des racines d’une palmeraie sous les restes d’un champ de patates douces du 12 siècle.
Lili propose également cinq autres
raisons à cette déforestation :
Ainsi il
est faux de dire que l’utilisation de rondins de bois pour déplacer les
statues a provoqué, à elle seule, la déforestation de l’île. Il est
également faux de dire que « leur petite île n’eut plus d’arbres » et
que « leur civilisation n’est plus » La publicité met d’ailleurs en
scène une île de Pâques dévastée, sans population ni végétation,
cultivant le mythe de « l’île pelée battue aux vents ». Il est vrai que
cette « île du bout du monde » connaît des conditions climatiques
dures, connaissant 300 jours de vent par an, des fortes chaleurs en
été, n’ayant ni cours d’eau ni cascades et peu de poissons dans ses
eaux à cause du phénomène del Nino . Ces conditions font de l’île un
écosystème fragile qui peut être mis à rude épreuve par une catastrophe
naturelle ou humaine. Néanmoins l’île de pâques n’est pas « un cailloux
pelé », c’est une terre bien vivante. Elle est née de l’érosion de 3
volcans ce qui en fait une terre très fertile. Sous un climat
sub-tropical océanique, la végétation est riche, allant de l’hibiscus
aux géraniums en passant par les orangers et les habitants de l’île y
ont longtemps vécu en autarcie. De plus il est faux de dire que la civilisation pascuane n’est plus. Certes la population de l’île a fortement diminué au 19e siècle mais ce n’est pas uniquement à cause des guerres fratricides qui déchirèrent l’île au 17e siècle. A l’arrivée des européens au 18e siècle, il y avait entre 2000 et 3000 pascuans vivants sur l’île. Or les européens amenèrent de nombreuses maladies et ceux qui ne furent pas tués par ces maladies furent envoyés de force au Pérou pour exécuter des travaux forcés et y périrent, ce qui fit chuter à 900 le nombre de pascuans en 1868. Enfin la civilisation pascuane n’est pas morte. Sur les 4 000 habitants de l’île, 2 800 habitants sont pascuans et continuent à perpétuer de manière très forte les rites et l’Histoire de cette culture. Comme leurs ancêtres, ils sont très attachés à leur Terre qu’ils respectent. D’ailleurs le nom de l’île signifie en pascuan « le nombril du sol natal » (et non pas « le nombril du monde » comme beaucoup l’ont cru). Les pascuans pensent qu’ils appartiennent à la Terre et non pas que la Terre leur appartient. Cette façon de penser est très différente de celle que nous avons en Occident et traduit un rapport beaucoup plus proche et respectueux à la Nature. Avec les chiliens qui les ont rejoints, les pascuans ont d’ailleurs mis en œuvre diverses actions afin de davantage préserver leur environnement. Sous l’égide d’EDF, de nombreux arbres ont été plantés. Un recyclage des huiles de vidange et des piles usagées a été mis en place pour les rapatrier au Chili. Les guides, sous l’impulsion de l’action de Lili, se sont organisés afin de mieux encadrer les touristes et d’éviter une fragilisation trop forte de l’écosystème de l’île. Les pascuans ont d’autant plus été touchés d’être « montrés du doigt » que ni le lien qui les unit à leur terre, ni les actions qu’ils ont entrepris n’ont été repris par la publicité. De plus, comme le souligne le maire de Hangui Roa, personne sur l’île n’a été mis au courant de l’existence du projet de cette publicité et qu’aucun dialogue n’a été instauré.
En conclusion, il nous
semble que, lorsque l’on veut faire passer un message environnemental,
il est très important d’être précis et rigoureux et surtout de ne pas
adapter l’Histoire à des fins commerciales (comme c’est le cas par
exemple en présentant des Moaïs femmes enceintes ou bien portant un
enfant dans les bras - alors qu’aucun Moai n’a jamais représenté une
femme - pour sous-entendre qu’EDF prend soin de la Nature). Cela
décrédibilise toute campagne, commerciale ou non, à vocation
environnementaliste.Même EDF semble avoir pris conscience de cette utilisation abusive de l’Histoire d’un pays afin d’en faire un « symbole écologique forcé » et programme pour novembre une grande exposition à Paris, à l’espace Electra d’EDF, afin de rendre hommage à la culture pascuane et à son peuple. Mais deux messages dans cette publicité ont retenu notre attention. Les Hommes ne sont certes pas étrangers à la disparition des arbres sur l’Ile de Pâques. En vivant sur cette île, en se nourrissant de fruits et légumes et en élevant des animaux pour se nourrir, les Hommes laissent une empreinte indélébile sur tout écosystème d’autant plus si ce dernier est fragilisé par des catastrophes naturelles et des évènements socio-historiques. Nous sommes également tout à fait d’accord avec l’un des messages de cette publicité : « les statues nous rappellent que les énergies qui font les civilisations peuvent aussi les défaire ». Sans remonter si loin, les exemples du pétrole (avec les émissions de CO2 dégagés par les voitures ou les marées noires) ou du nucléaire (avec la catastrophe de Tchernobyl) le montrent bien… J'aime cet article (98) | Cite l'article sur ton site | Suggérer par mail
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| Dernière mise à jour : ( 28-04-2008 ) | |||||||||