L’île de Pâques (ou Rapa Nui en pascuan) est l’un des lieux habités les plus isolés au monde. Est-ce cet isolement qui a nourri l’imagination de nombreux auteurs ? Car tout a été dit ou presque sur l’Histoire de cette île, sur l’origine de ses habitants (les pascuans) et sur la présence des Moaïs.
D’où viennent ces mystérieuses statues ? Comment étaient-elles taillées et transportées alors qu’elles pesaient des tonnes et qu’il n’existait quasiment aucun outil ? Quelles étaient les fonctions des Moais? Pourquoi un jour le peuple de l’île de pâques s’est-il « révolté » contre ces statues et les a renversées ?
Voilà les nombreuses questions qui restaient en suspens et auxquelles historiens et scientifiques ont fini par répondre. C’est Lili (cf portrait Cœur Vert sur Liliane Fréchet) qui a bien voulu nous transmettre l’état actuel des travaux sur cette île plus si mystérieuse que ça….
Contrairement à ce que l’on a longtemps cru, les pascuans n’ont aucune origine sud-américaine. Ce sont des polynésiens. Ce peuple de grands navigateurs, originaire de Taiwan (au sud-est de la Chine), a progressivement traversé l’océan pacifique. Ils s’orientaient grâce aux positions du soleil et des étoiles. Au 11e-12e siècle probablement, les premiers polynésiens arrivèrent à l’île de Pâques.
Organisés en 8 grandes tribus, les pascuans se répartissent l’île au
sein de 250 villages, dirigés chacun par un chef, un noble. Les chefs
d’un même village étaient tous enterrés au même endroit, sous une
plateforme funéraire qui se trouvait devant la mer, face au village.
Chaque chef avait sur cette plateforme une statue qui le représentait,
un Moai. Contrairement à ce que l’on a cru, ces statues ne
représentaient donc pas des dieux mais les ancêtres, les nobles, du
village. Dès qu’un chef se mariait, il commençait à penser à la statue
qui le représenterait..
Ces Moais partagent tous certains
traits communs. Ils sont gravés dans une roche particulièrement
fragile, le tuf qui est un mélange de sable, de cendre et de roche
volcanique. On reconnaît un Moai à ses mains longues et fines (symbole
d’aristocratie), à son embonpoint (symbole d’opulence), à sa coiffe (un
chignon représenté par un cône en terre rouge) ou encore à sa bouche
fine et fermée (le chef ne parle pas car la parole peut être trompeuse,
c’est dans son regard que réside la vérité). Les yeux étaient une
partie particulièrement importante de la statue et ils étaient faits de
matériaux précieux (en pâte de corail et en verre volcanique). C’est
par le regard qu’étaient transmis au village le pouvoir et la force (le
« mana ») du chef. La statue protégeait également le village et
marquait le début du territoire du village. Au fil des siècles (il y a
eu des Moais du 11e au 17e siècle), les Moais étaient de plus en plus
grands et de plus en plus lourds. Ils sont devenus des objets non plus
de croyance mais de démonstration de pouvoir et de puissance. Chaque
chef voulait que sa statue soit plus grande que celle du précédent chef
ou de celle du chef du village voisin. Le plus grand Moai jamais amené
sur une plateforme funéraire mesure 9 mètres et pèse 88 tonnes !
Pour
édifier des statues avec de telles dimensions, tous les habitants du
village devaient d’une manière ou d’une autre participer. Chaque année,
en échange de nourriture, 30 à 50 hommes partaient pour quelques
semaines dans le volcan sacré de Rano Raraku, où les statues étaient
toutes sculptées. Avec des pierres, des paniers d’osier et des cordes
tressées à la main, ces hommes mettaient environ une vingtaine d’années
à sculpter ces « géants ». La statue était ensuite ensevelie sous
terre en attendant la mort du chef. Elle était ensuite amenée au
village du chef, en empruntant des routes utilisées uniquement pour le
transport des statues (et que toutes les tribus respectaient). Le
déplacement de ces statues de plusieurs tonnes est longtemps demeuré un
mystère. Dans les années 1970, en pleine époque des extraterrestres,
certains ont même suggéré que ces statues étaient transportées par
lévitation , grâce au « mana » des chefs… On a aussi longtemps cru que
ces statues avaient été transportées allongées sur le dos sur des
rondins de bois (cf article « L’île de Pâques, un exemple écologique ?
»). Mais ce n’était pas entendre la parole des anciens qui disaient que
« le mort devait aller joyeusement en dansant à sa dernière destination
». L’hypothèse la plus probable est que ces statues étaient déplacées à
la verticale, debout, grâce à des cordes placées de chaque côté de la
statue, un peu comme une personne seule déplacerait un réfrigérateur ou
une armoire lourde.
Mais que ce soit pendant le transport ou
pendant la taille des statues, de nombreux accidents eurent lieu (des
Moaïs furent cassés et de nombreux hommes furent blessés ou tués) et ce
de plus en plus avec l’augmentation de la taille et du poids de la
statue. Sur les 395 Moaïs de l’île, 148 sont « râtés » (c’est-à-dire
que qu’ils ont été cassés, inachevés ou bien sont demeurés à la
carrière). Ils n’ont jamais atteint la plateforme funéraire du village
auquel ils étaient destinés. A la fin du 17e, les pascuans ne croient
plus en ce système d’organisation de la société et ne veulent plus que
les ancêtres « les regardent ». Il a suffit qu’ils soient mal nourris
pour que cette étincelle embrase l’île. C’est la révolution de l’île de
Pâques « un siècle avant celle de la France » nous rappelle Lili (en
1670 ou en 1680). Les Moais sont renversés, ventre au sol, après avoir
été privés de leur principal élément, les yeux. Les chefs continueront
à être enterrés dans les plateformes funéraires mais plus aucun Moai ne
sera construit. L’organisation de l’île change complètement. Le chef de
l’île est désormais choisi suite à la cérémonie de l’Homme-oiseau : les
meilleurs hommes de chaque tribu s’affrontent pour trouver, au moment
des pontes, le premier œuf de frégate . Cette cérémonie dura jusqu’en
1866 suite à l’évangélisation de l’île avec la venue de prêtres de
Tahiti et suite à l’annexion de l’île au Chili en 1888.
Il
reste certes encore quelques mystères à élucider à propos de l’île de
Pâques : y a t il eu d’autres peuples vivant sur cette île avant
l’arrivée des polynésiens ? pourquoi les Moais avaient-ils des nez
épatés et des oreilles rectangulaires aux lobes allongés alors que les
pascuans n’avaient pas de tels nez et oreilles ? Pourquoi un Moai
a-t-il un bateau à 3 mats gravés sur son torse alors qu’il n’existait
pas de tel bateau sur l’île ? Les pascuans ont-ils eu des contacts avec
des occidentaux ou des chinois bien avant que l’île soit découverte par
des hollandais en 1722 ? Néanmoins les grands « mystères » de l’Ile de
Pâques ont été résolus grâce au travail de fourmi des archéologues et
historiens et grâce aux progrès de la science (tests ADN, photos
satellites, etc.).
L’île n’en reste pas moins atypique,
envoûtante et magnifique. Elle continue à inspirer de nombreux artistes
et photographes amateurs comme nous !